2 ans de souffrance, une nouvelle vie enfin (Quand la persévérance des voisins parvient à ses fins)

Malika sous la guillotine

C’est un appel désespéré qui nous est parvenu d’une habitante du Grand Charleroi, expliquant une situation cataloguée “lamentable’ dans laquelle se trouverait une chienne d’un de ses voisins. Selon les explications, Malika, une Malinoise âgée de 5 à 6 ans, serait arrivée dans le quartier il y a un peu moins de 3 ans, avec son maître qui l’avait adoptée à la SRPA de Charleroi. Malheureusement, la situation s’est vite dégradée, son maître commençant à découcher, laissant Malika seule. Depuis deux ans, plusieurs appels ont été passés à la police, différentes associations et refuges, mais la situation ne s’était jamais vraiment améliorée. Celle-ci se mit évidemment à montrer son mécontentement notamment par d’innombrables aboiements. Une fois elle avait été embarquée par les forces de l’ordre, mais était revenue quelques jours après. Ce qui préoccupait le plus la voisine, c’était la vie de l’animal suite aux fortes chaleurs, et la certitude qu’elle n’avait rien à manger ni à boire.

Suite à l’intervention des forces de l’ordre, le maître a trouvé la solution. Ne vous réjouissez pas trop vite, non, il n’était pas plus présent, il équipa tout simplement Malika… d’un collier anti-aboiement …

Collier anti-aboiementLa quiétude revint dans le paisible quartier, mais les voisins vivaient mal la situation de cette chienne délaissée dans une maison où l’on avait coupé l’électricité et l’eau. Les derniers temps, son maître ne passait plus que sporadiquement pour la nourrir et l’abreuver. La sortir, la promener, n’en parlons même pas.

Nous sommes donc appelés par une voisine à qui nous promettons de passer voir la situation, les explications laissant sous-entendre un réel cas de maltraitance aux yeux de la Loi (et pas d’une appréciation personnelle, mais ça, on y reviendra dans un futur article).

C’est donc dans la soirée de la fête nationale française que nous arrivons sur place. Il n’est même pas besoin de sonner aux portes pour trouver l’immeuble dont question. Une façade délabrée, une porte pourrie, et, une chienne montrant le bout de son museau devant un rideau dégueulasse ne laissent aucun doute sur le fait que c’est là que ça se passe. En nous approchant, plus aucune incertitude, la chienne est bien une Malinoise qui geint, un collier anti aboiements autour du cou.

Evidemment, personne n’est présent. La voisine nous ayant appelé vient à notre rencontre, rapidement rejointe par la voisine immédiate de la maison. C’est ainsi que nous apprenons que Malika n’a plus vu son maître depuis le mardi. Avec la chaleur qu’il fait, il est difficile de croire qu’elle a encore de quoi boire. Pour ce qui est de manger, ce sont les voisines qui lui jettent des croquettes à travers la boîte aux lettres. Grâce à la voisine, nous passons dans le jardin pour constater que la demeure de Malika ne dispose pas d’un jardin. Elle doit donc faire ses besoins … à l’intérieur, et vivre dedans. Un rapide coup d’œil par une fenêtre nous confirme malheureusement ceci. Sur le côté, mais en hauteur, à environ 2,50 mètres du sol (la maison est construite sur un terrain en pente), nous revoyons la chienne qui semble nous appeler au secours derrière un simple vitrage qui ne donne pas l’impression d’être fort solide. A peine poe-t-elle le museau sur celui-ci qu’il donne des signes de fatigue. Et Si Malika nous donnait un petit coup de pouce ? On se met à y rêver tellement fort que, … Malika ayant une telle envie de venir chercher un peu de réconfort, le vitrage se brisa. Bingo !! On pouvait faire appel aux forces de l’ordre pour prendre des mesures.

La police arriva sur place vers 21h00, et après avoir inspecté les lieux, estima qu’il n’y avait aucun obstacle à, … remettre Malika dans sa maison (sans eau ni nourriture) mais que le lendemain, demande serait faite à la brigade canine pour revenir sur place. Sic !!! A peine le service était-il parti que la demoiselle estimant certainement ne pas avoir été comprise par les hommes d’intervention, sauta par la fenêtre (pour rappel située à plus de 2,50 mètres). Cette fois, nous allions agir autrement donc. Après avoir donné une bonne dose de caresse (et d’eau qu’elle a lapé plus vite qu’un pochtron s’enfile un demi), nous ouvrons la cage de notre véhicule, où elle s’engouffra bien vite. C’est à ce moment que nous vérifions si elle est porteuse d’une puce d’identification, et que nous découvrons qu’effectivement elle en a une, mais qu’elle a été effectivement adoptée à la SRPA de Charleroi. Au moins dans notre cage, elle est en sécurité, c’est déjà ça. Second contact est pris avec la police afin d’exposer la nouvelle situation, et qu’il n’est pas dans nos intentions de laisser cette chienne dans une maison inoccupée, et une vitre manquante. On sent bien de l’autre côté du haut parleur un léger agacement (c’est la nuit, un vendredi soir, ça peut se comprendre), mais on ne démord pas qu’on reste sur place jusqu’à une prise en charge de l’animal. Au pire, on veut bien après autorisation, la reprendre jusqu’au lendemain matin, et la remettre à la SRPA. Après avoir consulté son supérieur, notre interlocuteur nous prie de l’excuser, mais comme la ville de Charleroi et notre association n’ont pas de convention, ils sont obligés de faire appel à la SRPA, mais qu’ils vont venir pour prendre en charge la miss. Nous remettons Malika au service qui revient sur place vers 23 heures, avec un autre véhicule équipé d’une cage de transport. Petit détail de service, lorsque nous avons pris Malika, son collier anti aboiement a mystérieusement disparu (Il a été retrouvé le lendemain dans une poche de pantalon …). On a ainsi pu découvrir le doux son de son timbre de voix.

De retour d’intervention, un mail est immédiatement transmis à la direction de la SRPA afin de l’aviser de la situation, et précisant qu’une plainte serait déposée dès le lendemain à l’UBEA, en demandant une saisie d’urgence afin que son maître ne puisse la récupérer comme il l’avait déjà fait.

Début de la semaine, nous avons un très agréable entretien avec le Directeur de la SRPA de Charleroi, qui a pris connaissance du dossier et nous assure faire le maximum pour Malika, y compris éviter qu’elle retourne dans son enfer. Le délais légal des 2 semaines étant dépassé, et n’ayant aucune nouvelle de l’UBEA (mais est-ce étonnant … exceptionnels sont les cas où nous avons connaissance d’une intervention de ce service), la décision de mise à l’adoption de Malika est prise. Malgré le fait que nous puissions la reprendre, il était logique que comme elle venait de ce refuge, et que nous ne disposons pas d’installations convenables pour l’accueillir, de la laisser (avec un pincement au cœur quand même) sous la responsabilité du refuge carolo, qui nous a assuré bien effectuer une visite au domicile des futurs adoptants.

Malika n’a vraiment pas tardé à trouver une nouvelle famille. La bonne nouvelle nous est parvenue ce jeudi. Nous lui souhaitons enfin de connaître les joies d’une vraie famille, et de recevoir autant d’amour que ce qu’elle va procurer à ses nouveaux compagnons humains.

Toute l’équipe remercie bien évidemment tous les maillons de cette chaîne d’aide animale, à commencer par les voisines qui sont à la base de notre intervention, et qui nous ont fait entière confiance même quand les nouvelles étaient différentes de leurs envies et espoirs, la police de Charleroi qui est intervenue sur place, la SRPA de Charleroi, sa direction et son personnel qui ont pris soin de Malika et sont restés en contact avec nous durant toute la durée du dossier, et bien évidemment la famille qui a rapidement adopté la donzelle. Nous devons cependant une fois de plus regretter amèrement la démission de l’UBEA (Unité du Bien-être Animal wallon) de qui nous avons attendu jusqu’à la fin une intervention. Il est bien beau d’annoncer qu’en deux ans grâce au formulaire en ligne, plus de 3.000 plaintes ont été recueillies, si elles connaissent toutes la même finalité que toutes nos plaintes déposées jusqu’à ce jour, les responsables de maltraitance ont encore de “beaux” jours devant eux. Aux premiers remerciements, ajoutons ceux adressées envers toutes les personnes qui nous font confiance, et qui nous ont permis l’achat de notre véhicule l’année dernière, de même que les donatrices et donateurs qui, grâce à leur soutien, permettent à notre association de fonctionner. Il est rare dans notre chef de faire appel à la générosité publique, raison pour laquelle nous leur sommes encore plus reconnaissants de ne pas nous oublier. We love you.
Coup de pouce
N.B : Pour des raisons de sécurité, le nom de la chienne est un nom d’emprunt.