L’effet pervers (et attendu) du décret “Publicité” (On n'a pas fini d'en entendre parler)

C’était prévisible, un tel décret dans sa forme ne passerait pas inaperçu de par son contenu, mais surtout de ses effets. Afin d’être le plus clair possible, aujourd’hui nous nous attèlerons uniquement aux félins soumis à cette réglementation.

Pour rappel, depuis le 1er juin, il est interdit à tout wallon de proposer un animal à vendre, à donner, à adopter, en dehors d’un site reconnu (agréé), et selon certaines conditions. Il faut notamment que l’animal soit identifié (pour un chat stérilisé également), que les mentions claires du “vendeur” soient affichées, et que donc ces informations apparaissent sur un support légal wallon. Seuls les refuges sont automatiquement agréés de par leur statut.

Il ne fallut pas longtemps pour voir apparaître un peu partout des annonces de découvertes de chatons dans des sacs poubelles, dans des conteneurs, dans des cartons, dans les champs, les buissons, (l’imagination n’a vraiment aucune limite) … Pratiquement plus aucun refuge ne peut accepter de dépôt de chatons, ils débordent tous, et voient d’après les refuges contactés, une augmentation de près de 50% d’abandons depuis l’année passée. D’autres parlent de légère baisse toutefois sur leurs supports, tout en précisant qu’ils affichent “complet” quand même.

Jusqu’à il y a peu, les associations acceptaient aussi sans trop réfléchir ces petits nés de l’imbécilité humaine très souvent, qui fait qu’on ne stérilise pas les chattes et les chats. Après tout, je les donnerai bien. Sauf que voilà, après-tout, on ne peut plus. Si déjà ces individus ne font pas stériliser leur animal, vous pensez réellement qu’ils vont prendre le temps de faire identifier et stériliser les progénitures ? QUE NENNIE !!! Avoir la décence de les abandonner dans un refuge et de payer une participation à une mise en règle ? QUE NENNIE Et comme on ne peut plus les proposer à la vente ou l’adoption sur son mur, on va paisiblement les jeter un peu partout.

Voyons maintenant la chose du côté de la protection animale, vous savez, ceux qui font le maximum sans aucune aide gouvernementale, les asbl (refuges et associations). Ce décret les oblige à engager des frais sur des animaux qui ne seront  pour une partie, jamais adoptés! Il a toujours été de coutume de prendre soin des animaux en nourriture et soins, mais de ne les faire identifier (et stérilisés) qu’à l’adoption pour ces asbl. Les frais étant couverts partiellement par le montant de l’adoption. Depuis le 1er juin, tous les animaux doivent être identifiés et stérilisés avant d’être proposés à l’adoption. Prenons le cas du refuge APA qui a recueilli plus de 400 chats et chatons depuis le début de l’année, cela lui ferait un coût de plus de 20.000 € rien que pour l’identification. Réalisable financièrement parlant ? QUE NENNIE. De plus, malheureusement, et sans parler d’euthanasie, tous les chats ne survivent pas à un passage en refuge. Donc outre les frais d’entretien, on ajouterait 50 € d’identification INUTILE.

Venons en à la stérilisation. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’un chat doit être stérilisé afin de lutter contre la prolifération d’une espèce en surnombre sur le territoire wallon. Mais voilà, même si certains vétérinaires acceptent de les stériliser dès l’âge de 3 mois (comme cela se fait aux USA), de plus en plus de ces professionnels reconnaissent les risques qu’entraînent ce genre d’intervention prématurément (et principalement côté système urinaire), et reviennent à la situation antérieure qui est de ne pratiquer cette intervention qu’à partir de 6 mois. Comme la nouvelle législation oblige cette stérilisation préalablement à l’adoption, cela veut donc dire que consciemment on ferait adopter un animal qui aura des problèmes de santé. Autre solution, ne proposer que des chatons âgés de 6 mois minimum. Et dans ce cas, c’est empêcher de plus de 50 % une chance d’adoption (beaucoup d’adoptants désirent des très jeunes animaux afin de les intégrer le plus facilement possible dans le foyer).

Et puis il y a la perversion dans sa plus lamentable face. Celle de la délation. Celle qui fait qu’un tout nouveau président d’une association qui gère un des pires refuges belge recrute des bénévoles pour dénoncer les annonces illégales. Ceci bien évidemment sans proposer d’autre action que de dénoncer, au lieu de conseiller les contrevenants à se diriger vers une procédure légale. Après avoir pris nos informations auprès de refuges qui ont créé BelgPAAG(1), effectivement sous l’égide du CNPA (Conseil National de la Protection Animale)(2), il apparait que la SPA de LA Louvière n’en fait pas partie, et ne fait même pas l’unanimité pour y entrer un jour (si tel serait le cas, d’autres s’en retireraient immédiatement). Il faut reconnaître qu’au vu des conditions de vie des animaux qui s’y trouvent, ça peut se comprendre, …

En conclusion, il nous semble plus qu’urgent que le Ministère du Bien-être animal révise en profondeur ce fameux décret “publicité” (et tant qu’à faire l’obligation de stérilisation d’un chat avant adoption) sous peine d’une catastrophe létale pour bon nombre d’animaux.

Coup de pouce

(1) Les 5 associations réunies sous l’initiative du CNPA pour mettre en place le BelgPAAG sont : la Chaîne Bleue Mondiale, Help Animals, Sans Collier, APA et Animal Welfare We Watch. Son but est l’analyse de toutes les annonces pour animaux, et une amélioration des publications en prodiguant des conseils aux annonceurs.

(2)Le CNPA est une association auprès de laquelle nous nous étions rapprochés il y a un peu plus de deux ans, pensant qu’elle serait active pour le bien-être animal. Mais une des conditions pour que nous puissions y être acceptés était de nous instaurer un relatif silence sur certaines choses. Et comme vous le savez, l’ADN de l’asbl Sans Maître est de ne respecter que les limites qu’elle s’impose elle-même… Mais ceci fera l’objet d’un autre article.