Ce n’était qu’un chat errant (Oui, et alors ?)

Boule de poils

Cette phrase, adaptée à un chien, résonne encore dans ma tête depuis le jour où je l’ai entendue. C’était une journée où j’étais parti déposer plainte pour la disparition d’un chien couvert par notre association. Elle m’a été envoyée par une fliquette qui m’a balancé “Mais Monsieur, vous faites toutes ces démarches pour un animal, mais ce n’est qu’un chien !!!” Heureusement que je n’étais pas seul et que d’autres oreilles l’ont entendue aussi, sinon je pensais me trouver dans un film de troisième zone.

Ce 1er mai, un appel reçu sur le téléphone de l’association, d’une personne de la région carolo, faisant part de ses difficultés pour joindre quelqu’un qui pourrait aider un chat visiblement mal en point qui avait élu domicile dans sa véranda. Après avoir tenté de contacter la SPA locale, plusieurs vétérinaires, et police, personne n’a soit répondu, soit daigné bouger pour cet animal. C’est là que je me suis dit  “Après tout, ce n’est qu’un chat, pourquoi quelqu’un bougerait-il un jour férié ?”  Bien évidemment, quand on a créé une association pour les animaux, jour férié ou pas, on se dit qu’on ne peut laisser cet animal qui probablement souffre, chez cette personne qui a tenté ce qu’elle pouvait.

Arrivé sur place, j’ai appris que nos coordonnées avaient été transmises par … un policier, voisin de l’appelant, avec qui j’avais eu le plaisir de discuter lors d’une capture de chien errant sur la route, et qui m’avait expliqué les difficultés que la police éprouvait au niveau local par rapport à la prise en charge d’animaux, malgré le fait qu’une convention existe entre la spa et la ville. A cette occasion, il avait demandé notre carte. Je fus ravi de constater qu’il avait gardé bien précieusement nos coordonnées.

pauvre minouA la vue de ce pauvre animal, j’avais cette vilaine impression qu’il passait ses dernières heures sur terre. Il était couché sur une carpette, et ne bougeait absolument pas. J’ai tenté de le stimuler quelque peu, mais à chaque tentative, il se recouchait rapidement. Aucune envie de marcher, se révolter. Je l’ai installé le plus confortablement possible dans une cage de transport et le repris. Bien que ce jour soit la fête des travailleurs, je m’étais hasardé à tenter de contacter notre vétérinaire, laquelle bien qu’ayant une vie de famille, demanda d’être appelée lorsque l’animal serait en ma possession, afin de faire un premier bilan, ce qui fut fait lors de ma sortie de la maison. Suite aux infos données, elle me donna rendez-vous dans l’après-midi. C’est là que tu te dis que tu as vraiment bien choisi la praticienne pour l’association. A chaque appel que je lui passe pour un cas ou une situation particulière, elle répond “présente”. D’ailleurs quand je l’appelle, je ne me présente plus, je dis “c’est l’emmerdeur”.

Ni notre lecteur de puce, ni l’examen de son corps ne révéla quelconque identification. A la vue de ce chat âgé d’environ 5ans, non castré, notre vétérinaire nu confirma l’absence d’identification. “Un mâle non castré me dit-elle, c’est un chat jeté “à la rue””. Elle non plus ne trouva quelconque signe d’identification.

Malheureusement, l‘examen vétérinaire a décidé de son sort. Il était dans un état comateux, en hypothermie, avec une suspicion d’empoisonnement et de leucose, ajoutée à un état de déshydratation, et de multiples lésions ulcératives infectées dans la bouche.

Le mettre sous perfusion lui aurait prolongé la vie d’environ 48 heures au maximum. Son cas était plus sérieux encore que celui de notre Moïse. Nous avons donc décidé de lui abréger sa fin de vie, et de lui offrir un ticket digne pour le paradis… Un certain aveu d’impuissance, et une solution ” la moins mauvaise” dans l’intérêt, si on peut parler d’intérêt dans ce cas ci, pour ce jeune mâle.

Je vous avoue que je n’étais pas “très bien” après cette mission. Je suis conscient que des cas pareils sont fréquents, mais quand ça vous tombe dessus, on a la haine de n’avoir pu faire autrement. Cela faut un peu plus de 2 ans que nous avons créé Sans Maître, et jusqu’à présent, nous avions toujours pu éviter cette issue. Je savais que ça allait arriver un jour où l’autre, mais c’est comme pour la disparition d’un proche, on ne s’y prépare jamais réellement.

Pourquoi vous relater cette histoire ? Parce que je me suis dit que jouer la transparence c’était aussi partager avec vous les mauvais moments. Ceux qu’on voudrait éviter. Et puis aussi pour rendre un certain hommage aux donateurs, car c’est grâce à ceux-ci que nous pouvons régler les frais vétérinaires et de crémation, mais également à notre vétérinaire qui non seulement a toujours jusqu’à présent répondu présente et prodigué d’excellents soins, mais qui également est cash et me conditionne à m’habituer à la vision de la pratique vétérinaire, et à certaines zones marécageuses du milieu animalier. N’hésitez pas à lui mettre un petit like sur sa page Facebook 😉 . Ensuite parce que j’ai la haine par rapport à toutes ces personnes inconscientes qui ne stérilisent pas leurs animaux, et qui, dans le cas des chats, les laissent devenir errants. J’ai même l’impression que ce combat là est perdu d’avance. Jamais la société n’arrivera à réguler la population féline, et ce ne sont pas quelques textes de Loi qui y changeront grand chose. Quant on sait qu’une seule femelle non stérilisée, avec sa progéniture, a un potentiel de 1-plus de 1500 chatons en 4 ans, … on se demande s’il ne faudrait rétablir la peine de mort pour ces irresponsables. Et enfin, parce que je suis heureux de m’être entouré de collaborateurs qui tous pensent la même chose : on n’euthanasie pas un animal par convenance, contrairement à ce qu’un certain responsable d’une grosse association m’a dit : ” un animal, après 45 jours n’est plus rentable, il faut l’éliminer pour laisser la chance à un autre“, …

Thierry, le président