Par le chas de l’aiguille (Je n'étais pas loin de passer de vie à répas)


Je ne sais pourquoi, mais l’ambiance à la maison était spéciale ce mardi. Mon maître n’était pas dans son état habituel. Sa maman était à peine arrivée qu’on me mit mon harnais et qu’on m’enfourna dans sa voiture. On roula un peu et arriva devant une maison que je ne connaissais pas. Là on me fit entrer dans une pièce avec une table surélevée et un bureau. Tout le monde s’est assis devant une dame toute de bleu vêtue. Et ça commençait à discuter. Je n’ai pas tout compris, mais la maman de mon maître expliqua que j’étais dangereux, que j’avais voulu manger l’autre chien de la maison, le bébé et mon maître ce matin. Elle voulait m’offrir le repos éternel. A moi, à peine âgé de 18 mois. Hé ho. La dame en bleu avec son drôle d’appareil autour du cou m’examina, et semblait perturbée. Très fort perturbée. Je compris qu’elle ne voulait pas m’endormir à tout jamais car pour elle, je n’étais pas dangereux du tout. Je lui paraissais plutôt paniqué et craintif. Mais qui ne le serait pas en entendant qu’on voulait l’envoyer vers l’au-delà ? Tout à coup, elle prit son téléphone et je l’entendis parlementer avec je ne sais qui. Elle commençait à raconter mon histoire depuis que j’étais arrivé auprès d’elle. A un moment elle a dit « c’est gentil, je vous attends ».
Quelques minutes après, un genre d’ours tout de mauve vêtu entra dans la pièce. Brrrrr, il m’a fait peur, à un tel point qu’à travers la muselière qu’on m’avait mise, j’émis quelques grognements. Penses-tu qu’il recula ? Que nennie, il se mit devant moi, me regarda dans les yeux, et me parla gentiment. Il parla ensuite avec mon maître et sa maman qui raconta la même histoire, enfin presque parce que de vouloir manger mon maître, je ne lui avais plus fait qu’une petite pincette. Le molosse en mauve dit après quelques minutes que pour lui, je n’étais absolument pas dangereux, mais qu’il comprenait les craintes de la maman de mon maître, et que quand les gens n’avaient plus confiance dans un animal, il n’insistait jamais pour trouver une solution. Mais que voulait-il dire par là ? Lui aussi allait proposer de me faire disparaître à tout jamais ? …
Il prit la parole et expliqua qu’il était du même avis que la dame en bleu, qu’il ne voyait pas pourquoi m’ôter la vie, car je ne lui paraissait pas méchant du tout et il proposa un « deal » : Puisque ils étaient venu pour me faire euthanasier (ça y est, il a dit le mot interdit), il leur proposa de payer la visite, et de m’abandonner à lui, enfin à « eux » comme il a dit. Qu’ils me prendraient en charge, allaient me mettre en ordre, me faire stériliser, et ensuite selon les observations qu’ils pourront faire durant ce temps-là, me proposer à l’adoption de manière responsable. Il continua en se retournant vers la jeune dame (qui est vétérinaire comme j’ai compris) et dit que dans son deal, il fallait que celle-ci me garde près d’elle 1 jour, le temps de préparer mon arrivée chez eux, voire chez des accueillants. Il précisa aussi à mon maître qui avait expliqué vouloir faire carrière dans le milieu du comportementalisme canin de surtout arrêter de faire ses expériences chez lui, et de ne plus reprendre de chien. Il ne semblait pas vraiment convaincu par le choix professionnel de celui-ci… Apparemment tout le monde était d’accord. La maman de mon maître était pressée de partir. Elle fila vers l’appareil de paiement et régla sa note en une fraction de seconde. Tu le croiras ou pas, mais ni mon maître ni elle ne me firent une caresse lorsque je fus emmené vers une cage de soins. La seule chose qu’elle demanda était de pouvoir récupérer ma laisse et mon harnais. La vétérinaire lui répondit qu’elle pourrait les récupérer dès le lendemain.
Une petite heure après, on me sortit de ma cage et me mit une longe, pour sortir. Chouette, je vais pouvoir faire mon pipi. Quelques minutes après, qui voilà revenir près de nous ? Le géant mauve… Celui-ci me parla mais j’avais bien autre chose à faire avec ma vétérinaire et sa collègue. Quoi de plus normal que d’aimer les femmes hein. Curieux quand même, petit à petit je me suis rapproché de ce bonhomme histoire de le sentir afin de connaître ses intentions. Il semblait ravi de me voir le bougre. Il me parla à nouveau, et commença à me faire de petites caresses. Histoire de lui montrer ma bonne volonté, je ne grognai plus. Je lui ai même proposé le dessus de ma tête pour avoir quelques gratouilles. Ce fut déjà l’heure de retourner dans ma cage dans laquelle je me suis tenu bien calme.

Le lendemain, j’appris que mon ancien maître était revenu chercher ma laisse et mon harnais. Il avait donc bien tiré un trait sur moi, et ne demanda même pas à me faire une caresse. Quelques heures après, voilà à nouveau l’homme en mauve débarquer, et me sortir de ma cage. J’étais à ce moment sans muselière et je n’ai toujours plus grogné. Je reçus une petite caresse et nous partîmes vers le cabinet d’examen. En deux temps et trois mouvements, on m’injecta un grain de riz métallique dans le cou qui a fait bip bip quand la vétérinaire a passé un drôle de cerceau autour de mon cou, et une seringue de je ne sais quoi. Un petit carnet bleu allait être remis et il m’accompagnerait toute ma vie. Cela s’appelle un « passeport » apparemment. Apparemment je devrai revenir dans 3 semaines pour me faire une nouvelle piqûre de je ne sais quoi. M’en fiche, je n’ai rien senti. Et me voilà parti dans une grande camionnette blanche. A peine arrivé chez ce monsieur mauve, il se mit à pleuvoir à verse, à dracher comme il me dit. Ça ne lui fit pas peur du tout, puisqu’il alla avec moi dans une drôle de cage avec une belle niche dans un jardin. Ce n’était pas pour longtemps me dit-il, tonton Jacques allait arriver. Du coup, je lui fis une grosse lèlèche sur sa figure. Quand il se releva de m’avoir ôté mon harnais, je lui sautai dessus pour lui faire encore plein de mamours. Oh la la, ses vêtements n’avaient plus de mauve que le nom.
Tonton Jacques est arrivé rapidement et fit ma connaissance tout de suite. Je n’ai pas grogné non plus, il semblait bien gentil. Il prit ma laisse et me proposa d’aller nous promener. Je n’ai pas vraiment eu envie de lui dire non, et nous sommes partis en balade jusque chez lui. J’avais l’âme joyeuse, je remuais de la queue.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire, je m’appelle Falco, j’avais été acquis en toute illégalité puisque je n’étais même pas identifié, et je suis un croisé amstaff de 18 mois … et je fais plein de bisous à toute la chaîne humaine qui a empêché de me faire euthanasier !

Cette histoire est bien réelle. De nos jours il existe encore des gens qui se croient plus intelligentes que les autres, et qui prennent des chiens amstaff ou dérivés alors que les conditions de vie ne sont pas adéquates. Effet de mode ? Envie de « montrer » une certaine puissance avec ce genre d’animal ? Il y a plein de mauvaises raisons pour les prendre, et autant pour les abandonner rapidement. Tous les refuges débordent de ce genre de chiens et dérivés. Pourtant ils ne sont absolument pas plus dangereux que les autres, du moment où on ne les formate pas à l’agressivité. Ils peuvent même être bien plus affectifs que d’autres si on s’y prend bien. Certaines communes imposent une déclaration et l’obligation de port d’une muselière sur la voie publique. Il y a déjà eu plusieurs tentatives politiques pour les interdire dans notre royaume, et fort heureusement aucune jusqu’à ce jour n’a abouti. Il serait bien plus intelligent de règlementer leur détention en les limitant à des personnes responsables et aptes à s’en occuper de manière correcte.

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