Seul et sans aide régionale, le refuge APA transmet une lettre ouverte à la Ministre Tellier (Lettre ouverte à la Ministre régionale wallonne du Bien-être Animal)


Parce qu’elle n’a jusqu’ici obtenu de réponse ni à son courrier transmis à la Ministre TELLIER, parce que jusqu’ici elle n’a reçu aucune réponse de l’Unité du Bien-être Animal Wallon, parce que les problèmes évoqués nous sont sont archi connus depuis pas mal de temps et qu’au plus le temps s’écoule, au plus l’importance de la problématique grandit, c’est par solidarité et avec plaisir que nous diffusons dans son entièreté le contenu de la lettre ouverte transmise il y a quelques temps déjà à la Ministre, par envoi recommandé, courrier resté sans réponse à ce jour par la responsable du refuge APA à Florée.

Nous ne pouvons que confirmer la grande difficulté pour les acteurs de terrain du bien-être animal à pouvoir rencontrer quelconque responsable de ce Ministère, et que la communication, même par mail, est d’une grande lenteur. De plus en plus d’associations ont cette fâcheuse impression que la ministre Tellier s’occupe plus de ses haies et arbustes, que du sort des animaux wallons.

Nous sommes bien évidemment curieux de lire la réponse, si elle arrive …

« Madame la Ministre,

Je me présente brièvement, je suis Gabrielle Gilbert, responsable de l’asbl A.P.A. (Aide et Protection Animale), refuge agréé pour chiens, chats et équidés, situé à Florée (commune d’Assesse), existant depuis 18 ans.

Permettez-moi d’aller droit au but sans plus attendre parce que, oui, l’heure est grave. Et je peux sans aucun doute parler au nom de toutes les associations de protection animale wallonnes. Puisque toute cause mérite d’être défendue, permettez-moi d’insister sur la nôtre.

Chaque année passe et ne se ressemble pas, pour la bonne et simple raison qu’elles sont toujours pires, en termes de nombre de prise en charge d’animaux, de maltraitance, de négligence et de non-respect des lois en vigueur. Les refuges débordent d’animaux délaissés. Les bénévoles, parce qu’il s’agit bien de volontaires pour la plupart, sont usés, épuisés, indignés. Le travail est de plus en plus lourd, avec des moyens financiers parfois inexistants, quand on n’a pas la chance de disposer d’un compte en banque bien fourni et qu’on dépend des cotisations mensuelles pour subsister. C’en est trop. Les animaux, eux, subissent de plus en plus l’égoïsme et l’irresponsabilité ; ils sont considérés comme des objets et sont victimes de violences physiques et morales intolérables. En tant que refuge, notre vocation principale devrait être d’accueillir, de soigner et de trouver de bonnes familles adoptives pour nos pensionnaires. Malheureusement, s’ajoutent à cela des charges colossales, qui ne relèvent pas de nos fonctions initiales. C’est ainsi que, sur l’année 2019, en plus d’avoir en permanence une soixantaine de chiens et une centaine de chats au refuge, nous avons :

  • pris en charge près de 750 chatons (augmentation de 30% en une seule année) ;
    stérilisé environ 500 chats (imaginez l’organisation, la logistique et le budget qu’autant d’opérations représentent) ;
  • Exécuté une saisie importante à Mettet, à la demande de l’UBEA, où il a fallu aller chaque jour sur place, pendant quinze jours, soigner les animaux en attente de leur rapatriement au complet, les autres refuges étant débordés ;
  • Sensibilisé la population, les adoptants, les personnes qui abandonnent, les communes, les services de police, les écoles, la presse, au bien-être animal et à l’importance de la stérilisation ;
  • Pris en charge des animaux non identifiés, trouvés blessés sur la voie publique, pour lesquels personne ne veut se porter garant (cette charge incombe, normalement aux communes) ;
  • trappé des dizaines de chats errants sauvages, pour lesquels les communes
    concernées n’agissaient pas ;
  • Géré des centaines de plaintes concernant des faits de maltraitance/négligence ;

J’en profite ici pour notifier que notre travail, en tant qu’asbl, est d’utilité publique, et que nous ne recevons paradoxalement pas (ou peu) d’aide de la part de la région. C’est la débrouille totale et, d’une année à l’autre, nous ne sommes jamais certains de ce que nous serons en mesure de réaliser.
Ce constat n’est malheureusement pas propre qu’à notre refuge. Bien que les statistiques relayées par la région wallonne et par la presse soient déjà alarmantes, la réalité est bien plus lugubre encore. Je m’explique : quand on observe que des milliers de chiens ont été pris en charge en refuges, on ne parle pas de tout ceux placés en famille d’accueil ni de tout ceux placés illégalement de maître à maître.
Quand on parle de dizaines de chats stérilisés sur une année par commune (encore faut-il qu’elles aient des plans de stérilisation), on ne mentionne pas les centaines d’autres stérilisés par et aux frais des associations, ainsi que du nombre incalculable de chats qui restent sur terrain et qui, demain, seront ceux qui procréeront intensivement. Quand on parle de plus d’un millier de plaintes pour maltraitance inspectées par le service du bien-être animal wallon en 2019, on ne considère pas les milliers réalisées par les associations et refuges, dont les bénévoles courent un réel danger et se coltinent le retour de flammes (entre autres, réprimandes des services de police et agressions verbales et/ou physiques de la part des personnes inspectées).
Cette liste d’incohérences est loin d’être exhaustive, et chaque point abordé ici a toute son importance. En effet, comment solutionner cette problématique de surpopulation féline quand aucun contrôle efficace des particuliers n’est appliqué ? Comment arriver à limiter le nombre de chiens pris en charge en centre d’accueil quand la réglementation par rapport à un permis de détention ne se veut pas plus stricte, et que la loi est fréquemment bafouée, sans que les incivilités ne soient réprimandées ? Faut-il encore cautionner le fait que le citoyen lambda puisse être responsable de la vie d’un être vivant, alors que la majorité d’entre eux sont inexpérimentés et n’ont aucune idée des besoins éthologiques de ces animaux ? Dans une société où l’équilibre social est déjà précaire/instable, n’est-il pas temps d’éduquer et de responsabiliser les propriétaires au respect de l’être vivant ?
Il ne se passe pas un jour sans qu’une plainte ne soit déposée auprès d’un refuge. Il ne se passe pas une semaine sans que des faits graves de négligence/maltraitance ne soient partagés sur les réseaux sociaux. Il ne se passe pas un mois sans que les médias ne relatent un fait divers morbide concernant les animaux. Il ne se passe pas une année sans qu’un récidiviste de maltraitance soit
à nouveau épinglé et que les statistiques confirment ainsi les carences du système actuel. L’effectif actuel de l’UBEA ne suffit plus à répondre à l’augmentation des plaintes. Les bénévoles inspecteurs des refuges sont contraints d’accomplir des tâches similaires à celle du service susmentionné, mais ils n’entrent alors dans aucun cadre légal. Ces bénévoles sont souvent très
mal vus par les autorités, alors qu’ils soulagent considérablement leurs tâches. D’ailleurs, au fil du temps, en ce qui concerne mon association, je déplore que la relation professionnelle avec le service compétent se soit détériorée, au détriment d’une meilleure efficacité pour le bien-être animal. Ces tensions m’ont aussi amenée à ne plus accepter que mes bénévoles mentionnent l’identité de mon refuge lorsqu’ils sont sur un cas, ce qui les place définitivement en défaut.
Ils prennent des risques inconsidérés, mais que ferais-je sans leur dévouement et leur ténacité, quand on nous signale des animaux en grande détresse ?
Une goutte d’eau dans l’océan, c’est ainsi que nous pourrions résumer notre travail. Nous ne pouvons plus l’accomplir de manière optimale. Vous l’aurez compris, Madame la Ministre, la protection animale a besoin de fondations légales solides et elles n’auront d’utilité que si elles sont respectées. Même si votre prédécesseur a travaillé en ce sens et a sorti un code wallon du bien-être
animal, ce dernier mérite d’être approfondi, remanié et, surtout, il est temps de mettre des agents supplémentaires sur le terrain afin de le faire appliquer.

J’en suis intimement convaincue : une synergie est possible et des solutions existent. Permettez-moi de vous en soumettre quelques pistes :

  • Libérer un budget propre à chaque refuge ;
  • Statuer rapidement sur les subventions accordées aux communes en matière de stérilisation des chats errants ;
  • Uniformiser objectivement les règlements communaux en matière de nourrissage des animaux errants et des oiseaux ;
  • Encourager une collaboration plus efficace et plus étroite entre les refuges et les services publics ;
  • Reconnaître les compétences des inspecteurs bénévoles lors de la gestion des plaintes ;
  • Associer la formation d’agents constatateurs aux activités des refuges ;
  • Limiter le nombre d’élevages et considérablement restreindre leur nombre de races ;
  • Autoriser un nombre limité d’animaux détenus par le citoyen ;
  • Appliquer la tolérance zéro à l’égard des récidivistes ;
  • Alléger la procédure de retrait de permis de détention ;
  • Restreindre la liste positive des animaux pouvant être détenus.

Vous avez le pouvoir de lancer une énergie nouvelle dans la protection animale. Nous nous tenons disposés à apporter notre pierre à l’édifice, pour une vie plus juste et plus sereine pour les animaux.
Nous espérons sincèrement pouvoir vous rencontrer et, si votre agenda vous le permettait, nous serions ravis de pouvoir vous accueillir.

Gabrielle Gilbert,
Responsable du refuge A.P.A. »

Pour l’asbl Sans Maître, le refuge APA est LE modèle de refuge à suivre. Il s’agit d’un des très rare refuge où les animaux ne sont pas confinés dans des cages. Un mot, un geste de votre part en soutien ne sera pas une action vaine.

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